Comment fut inventé le peuple juif

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Comment fut inventé le peuple juif

Messagepar Dany Leblanc » Dim Jan 18, 2009 9:14 am

Voici un texte du Monde Diplomatique à l'adresse suivante :
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/SAND/16205

Déconstruction d’une histoire mythique

Comment fut inventé le peuple juif


Les Juifs forment-ils un peuple ? A cette question ancienne, un historien israélien apporte une réponse nouvelle. Contrairement à l’idée reçue, la diaspora ne naquit pas de l’expulsion des Hébreux de Palestine, mais de conversions successives en Afrique du Nord, en Europe du Sud et au Proche-Orient. Voilà qui ébranle un des fondements de la pensée sioniste, celui qui voudrait que les Juifs soient les descendants du royaume de David et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars.


Par Shlomo Sand

Tout Israélien sait, sans l’ombre d’un doute, que le peuple juif existe depuis qu’il a reçu la Torah (1) dans le Sinaï, et qu’il en est le descendant direct et exclusif. Chacun se persuade que ce peuple, sorti d’Egypte, s’est fixé sur la « terre promise », où fut édifié le glorieux royaume de David et de Salomon, partagé ensuite en royaumes de Juda et d’Israël. De même, nul n’ignore qu’il a connu l’exil à deux reprises : après la destruction du premier temple, au VIe siècle avant J.-C., puis à la suite de celle du second temple, en l’an 70 après J.C.

S’ensuivit pour lui une errance de près de deux mille ans : ses tribulations le menèrent au Yémen, au Maroc, en Espagne, en Allemagne, en Pologne et jusqu’au fin fond de la Russie, mais il parvint toujours à préserver les liens du sang entre ses communautés éloignées. Ainsi, son unicité ne fut pas altérée. A la fin du XIXe siècle, les conditions mûrirent pour son retour dans l’antique patrie. Sans le génocide nazi, des millions de Juifs auraient naturellement repeuplé Eretz Israël (« la terre d’Israël ») puisqu’ils en rêvaient depuis vingt siècles.

Vierge, la Palestine attendait que son peuple originel vienne la faire refleurir. Car elle lui appartenait, et non à cette minorité arabe, dépourvue d’histoire, arrivée là par hasard. Justes étaient donc les guerres menées par le peuple errant pour reprendre possession de sa terre ; et criminelle l’opposition violente de la population locale.

D’où vient cette interprétation de l’histoire juive ? Elle est l’œuvre, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, de talentueux reconstructeurs du passé, dont l’imagination fertile a inventé, sur la base de morceaux de mémoire religieuse, juive et chrétienne, un enchaînement généalogique continu pour le peuple juif. L’abondante historiographie du judaïsme comporte, certes, une pluralité d’approches. Mais les polémiques en son sein n’ont jamais remis en cause les conceptions essentialistes élaborées principalement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.

Lorsque apparaissaient des découvertes susceptibles de contredire l’image du passé linéaire, elles ne bénéficiaient quasiment d’aucun écho. L’impératif national, telle une mâchoire solidement refermée, bloquait toute espèce de contradiction et de déviation par rapport au récit dominant. Les instances spécifiques de production de la connaissance sur le passé juif — les départements exclusivement consacrés à l’« histoire du peuple juif », séparés des départements d’histoire (appelée en Israël « histoire générale ») — ont largement contribué à cette curieuse hémiplégie. Même le débat, de caractère juridique, sur « qui est juif ? » n’a pas préoccupé ces historiens : pour eux, est juif tout descendant du peuple contraint à l’exil il y a deux mille ans.

Ces chercheurs « autorisés » du passé ne participèrent pas non plus à la controverse des « nouveaux historiens », engagée à la fin des années 1980. La plupart des acteurs de ce débat public, en nombre limité, venaient d’autres disciplines ou bien d’horizons extra-universitaires : sociologues, orientalistes, linguistes, géographes, spécialistes en science politique, chercheurs en littérature, archéologues formulèrent des réflexions nouvelles sur le passé juif et sioniste. On comptait également dans leurs rangs des diplômés venus de l’étranger. Des « départements d’histoire juive » ne parvinrent, en revanche, que des échos craintifs et conservateurs, enrobés d’une rhétorique apologétique à base d’idées reçues.

Le judaïsme, religion prosélyte
Bref, en soixante ans, l’histoire nationale a très peu mûri, et elle n’évoluera vraisemblablement pas à brève échéance. Pourtant, les faits mis au jour par les recherches posent à tout historien honnête des questions surprenantes au premier abord, mais néanmoins fondamentales.

La Bible peut-elle être considérée comme un livre d’histoire ? Les premiers historiens juifs modernes, comme Isaak Markus Jost ou Leopold Zunz, dans la première moitié du XIXe siècle, ne la percevaient pas ainsi : à leurs yeux, l’Ancien Testament se présentait comme un livre de théologie constitutif des communautés religieuses juives après la destruction du premier temple. Il a fallu attendre la seconde moitié du même siècle pour trouver des historiens, en premier lieu Heinrich Graetz, porteurs d’une vision « nationale » de la Bible : ils ont transformé le départ d’Abraham pour Canaan, la sortie d’Egypte ou encore le royaume unifié de David et Salomon en récits d’un passé authentiquement national. Les historiens sionistes n’ont cessé, depuis, de réitérer ces « vérités bibliques », devenues nourriture quotidienne de l’éducation nationale.

Mais voilà qu’au cours des années 1980 la terre tremble, ébranlant ces mythes fondateurs. Les découvertes de la « nouvelle archéologie » contredisent la possibilité d’un grand exode au XIIIe siècle avant notre ère. De même, Moïse n’a pas pu faire sortir les Hébreux d’Egypte et les conduire vers la « terre promise » pour la bonne raison qu’à l’époque celle-ci... était aux mains des Egyptiens. On ne trouve d’ailleurs aucune trace d’une révolte d’esclaves dans l’empire des pharaons, ni d’une conquête rapide du pays de Canaan par un élément étranger.

Il n’existe pas non plus de signe ou de souvenir du somptueux royaume de David et de Salomon. Les découvertes de la décennie écoulée montrent l’existence, à l’époque, de deux petits royaumes : Israël, le plus puissant, et Juda, la future Judée. Les habitants de cette dernière ne subirent pas non plus d’exil au VIe siècle avant notre ère : seules ses élites politiques et intellectuelles durent s’installer à Babylone. De cette rencontre décisive avec les cultes perses naîtra le monothéisme juif.

L’exil de l’an 70 de notre ère a-t-il, lui, effectivement eu lieu ? Paradoxalement, cet « événement fondateur » dans l’histoire des Juifs, d’où la diaspora tire son origine, n’a pas donné lieu au moindre ouvrage de recherche. Et pour une raison bien prosaïque : les Romains n’ont jamais exilé de peuple sur tout le flanc oriental de la Méditerranée. A l’exception des prisonniers réduits en esclavage, les habitants de Judée continuèrent de vivre sur leurs terres, même après la destruction du second temple.

Une partie d’entre eux se convertit au christianisme au IVe siècle, tandis que la grande majorité se rallia à l’islam lors de la conquête arabe au VIIe siècle. La plupart des penseurs sionistes n’en ignoraient rien : ainsi, Yitzhak Ben Zvi, futur président de l’Etat d’Israël, tout comme David Ben Gourion, fondateur de l’Etat, l’ont-ils écrit jusqu’en 1929, année de la grande révolte palestinienne. Tous deux mentionnent à plusieurs reprises le fait que les paysans de Palestine sont les descendants des habitants de l’antique Judée (2).

A défaut d’un exil depuis la Palestine romanisée, d’où viennent les nombreux Juifs qui peuplent le pourtour de la Méditerranée dès l’Antiquité ? Derrière le rideau de l’historiographie nationale se cache une étonnante réalité historique. De la révolte des Maccabées, au IIe siècle avant notre ère, à la révolte de Bar-Kokhba, au IIe siècle après J.-C, le judaïsme fut la première religion prosélyte. Les Asmonéens avaient déjà converti de force les Iduméens du sud de la Judée et les Ituréens de Galilée, annexés au « peuple d’Israël ». Partant de ce royaume judéo-hellénique, le judaïsme essaima dans tout le Proche-Orient et sur le pourtour méditerranéen. Au premier siècle de notre ère apparut, dans l’actuel Kurdistan, le royaume juif d’Adiabène, qui ne sera pas le dernier royaume à se « judaïser » : d’autres en feront autant par la suite.

Les écrits de Flavius Josèphe ne constituent pas le seul témoignage de l’ardeur prosélyte des Juifs. D’Horace à Sénèque, de Juvénal à Tacite, bien des écrivains latins en expriment la crainte. La Mishna et le Talmud (3) autorisent cette pratique de la conversion — même si, face à la pression montante du christianisme, les sages de la tradition talmudique exprimeront des réserves à son sujet.

La victoire de la religion de Jésus, au début du IVe siècle, ne met pas fin à l’expansion du judaïsme, mais elle repousse le prosélytisme juif aux marges du monde culturel chrétien. Au Ve siècle apparaît ainsi, à l’emplacement de l’actuel Yémen, un royaume juif vigoureux du nom de Himyar, dont les descendants conserveront leur foi après la victoire de l’islam et jusqu’aux temps modernes. De même, les chroniqueurs arabes nous apprennent l’existence, au VIIe siècle, de tribus berbères judaïsées : face à la poussée arabe, qui atteint l’Afrique du Nord à la fin de ce même siècle, apparaît la figure légendaire de la reine juive Dihya el-Kahina, qui tenta de l’enrayer. Des Berbères judaïsés vont prendre part à la conquête de la péninsule Ibérique, et y poser les fondements de la symbiose particulière entre juifs et musulmans, caractéristique de la culture hispano-arabe.

La conversion de masse la plus significative survient entre la mer Noire et la mer Caspienne : elle concerne l’immense royaume khazar, au VIIIe siècle. L’expansion du judaïsme, du Caucase à l’Ukraine actuelle, engendre de multiples communautés, que les invasions mongoles du XIIIe siècle refoulent en nombre vers l’est de l’Europe. Là, avec les Juifs venus des régions slaves du Sud et des actuels territoires allemands, elles poseront les bases de la grande culture yiddish (4).

Ces récits des origines plurielles des Juifs figurent, de façon plus ou moins hésitante, dans l’historiographie sioniste jusque vers les années 1960 ; ils sont ensuite progressivement marginalisés avant de disparaître de la mémoire publique en Israël. Les conquérants de la cité de David, en 1967, se devaient d’être les descendants directs de son royaume mythique et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars. Les Juifs font alors figure d’« ethnos » spécifique qui, après deux mille ans d’exil et d’errance, a fini par revenir à Jérusalem, sa capitale.

Les tenants de ce récit linéaire et indivisible ne mobilisent pas uniquement l’enseignement de l’histoire : ils convoquent également la biologie. Depuis les années 1970, en Israël, une succession de recherches « scientifiques » s’efforce de démontrer, par tous les moyens, la proximité génétique des Juifs du monde entier. La « recherche sur les origines des populations » représente désormais un champ légitimé et populaire de la biologie moléculaire, tandis que le chromosome Y mâle s’est offert une place d’honneur aux côtés d’une Clio juive (5) dans une quête effrénée de l’unicité d’origine du « peuple élu ».

Cette conception historique constitue la base de la politique identitaire de l’Etat d’Israël, et c’est bien là que le bât blesse ! Elle donne en effet lieu à une définition essentialiste et ethnocentriste du judaïsme, alimentant une ségrégation qui maintient à l’écart les Juifs des non-Juifs — Arabes comme immigrants russes ou travailleurs immigrés.

Israël, soixante ans après sa fondation, refuse de se concevoir comme une république existant pour ses citoyens. Près d’un quart d’entre eux ne sont pas considérés comme des Juifs et, selon l’esprit de ses lois, cet Etat n’est pas le leur. En revanche, Israël se présente toujours comme l’Etat des Juifs du monde entier, même s’il ne s’agit plus de réfugiés persécutés, mais de citoyens de plein droit vivant en pleine égalité dans les pays où ils résident. Autrement dit, une ethnocratie sans frontières justifie la sévère discrimination qu’elle pratique à l’encontre d’une partie de ses citoyens en invoquant le mythe de la nation éternelle, reconstituée pour se rassembler sur la « terre de ses ancêtres ».

Ecrire une histoire juive nouvelle, par-delà le prisme sioniste, n’est donc pas chose aisée. La lumière qui s’y brise se transforme en couleurs ethnocentristes appuyées. Or les Juifs ont toujours formé des communautés religieuses constituées, le plus souvent par conversion, dans diverses régions du monde : elles ne représentent donc pas un « ethnos » porteur d’une même origine unique et qui se serait déplacé au fil d’une errance de vingt siècles.

Le développement de toute historiographie comme, plus généralement, le processus de la modernité passent un temps, on le sait, par l’invention de la nation. Celle-ci occupa des millions d’êtres humains au XIXe siècle et durant une partie du XXe. La fin de ce dernier a vu ces rêves commencer à se briser. Des chercheurs, en nombre croissant, analysent, dissèquent et déconstruisent les grands récits nationaux, et notamment les mythes de l’origine commune chers aux chroniques du passé. Les cauchemars identitaires d’hier feront place, demain, à d’autres rêves d’identité. A l’instar de toute personnalité faite d’identités fluides et variées, l’histoire est, elle aussi, une identité en mouvement.

Shlomo Sand

Historien, professeur à l’université de Tel-Aviv, auteur de Comment le peuple juif fut inventé, à paraître chez Fayard en septembre.



(1) Texte fondateur du judaïsme, la Torah — la racine hébraïque yara signifie enseigner — se compose des cinq premiers livres de la Bible, ou Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome.

(2) Cf. David Ben Gourion et Yitzhak Ben Zvi, « Eretz Israël » dans le passé et dans le présent (1918, en yiddish), Jérusalem, 1980 (en hébreu) et Ben Zvi, Notre population dans le pays (en hébreu), Varsovie, Comité exécutif de l’Union de la jeunesse et Fonds national juif, 1929.

(3) La Mishna, considérée comme le premier ouvrage de littérature rabbinique, a été achevée au IIe siècle de notre ère. Le Talmud synthétise l’ensemble des débats rabbiniques concernant la loi, les coutumes et l’histoire des Juifs. Il y a deux Talmud : celui de Palestine, écrit entre le IIIe et le Ve siècle, et celui de Babylone, achevé à la fin du Ve siècle.

(4) Parlé par les Juifs d’Europe orientale, le yiddish est une langue slavo-allemande comprenant des mots issus de l’hébreu.

(5) Dans la mythologie grecque, Clio était la muse de l’Histoire.
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Re: Comment fut inventé le peuple juif

Messagepar Frédéric Hewitt » Dim Jan 18, 2009 3:44 pm

Monde Diplomatique a écrit:Israël, soixante ans après sa fondation, refuse de se concevoir comme une république existant pour ses citoyens. Près d’un quart d’entre eux ne sont pas considérés comme des Juifs et, selon l’esprit de ses lois, cet Etat n’est pas le leur.


Une aussi lourde affirmation aurait demandé une référence. Israël est un état démocratique et un état de droit, où tous les citoyens peuvent voter et élire qui bon leurs semble. Je sais que les arabes israéliens sont exclus de la conscription militaire, mais faut pas déconner non plus : c'est une pure considération de sécurité au centre d'un territoire arabe qui les hait... Pourtant, je suppose qu'un historien Israélien sait de quoi il parle, quelqu'un à un exemple qui pourrait justifier l'affirmation de Shlomo Sand ?
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Re: Comment fut inventé le peuple juif

Messagepar JNadeau » Lun Jan 19, 2009 9:18 pm

L'étoile de David sur le drapeau d'Israël est un symbole religieux.
Le symbole du judaïsme.
Et cela vaut mille mots.
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Re: Comment fut inventé le peuple juif

Messagepar Dany Leblanc » Lun Jan 19, 2009 10:53 pm

Frédéric Hewitt,

Veux-tu dire que près quart de la population qui ne sont pas considéré comme juif ont malgré tout le droit de vote?

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Re: Comment fut inventé le peuple juif

Messagepar Frédéric Hewitt » Lun Jan 19, 2009 11:48 pm

Je n'y connais pas grand chose en droit Israelien, mais à priori, c'est le cas. Wikipédia signal qu'il y a 9 arabes israéliens au parlement, qu'on en retrouve 1 à la cours suprême. Il est également signalé que l'arabe y est une langue officielle.

Sinon, on pourrait en dire autant du Québec : le crucifix au parlement, les prières dans les assemblés municipales, la loi 101, le fleur de lysée... Il me serait facile de sortir ces exemples et d'affirmer à un étranger que "Près d’un quart [des québécois] ne sont pas considérés comme des [catholiques francophones] et, selon l’esprit de ses lois, cet Etat n’est pas le leur." Pourtant, ça serait déformer les faits en généralisant sur des cas anormaux particuliers. J'ai l'impression que c'est similaire en Israël.

Oui, on pourrait souhaiter plus de laïcité au Québec, et probablement aussi en Israël. Mais ça reste des états de droit, et je crois que c'est important de le rappeler.

A ce propos, la lecture du livre de Ishad Manji "Musulmane mais libre" apporte beaucoup à réfléchir, j'en conseil la lecture. Le thème principal n'est évidement pas Israël, mais elle y consacre un long passage, en opposition aux états musulmans.
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Re: Comment fut inventé le peuple juif

Messagepar JNadeau » Mar Jan 20, 2009 8:19 am

6 parlementaires de langue arabe sur un total de 120 représentent 5 % de l'ensemble des membres de la Knesset alors que la population arabe représente plus de 25 % de la population totale du pays. Ce n’est pas fort!

Sans entrer dans tous les aspects du problème de comportement des autorités israéliennes envers leur minorité, je constate que le drapeau et les armoiries de l'État d'Israël sont des symboles religieux exclusivement juifs. Peut-on me dire comment l'on peut alors parler de souveraineté populaire alors qu'on affiche à la face du monde le message suivant : «l'autorité suprême est religieuse et c'est elle qui guide nos décisions»? Faut-il se mettre la tête dans le sable de peur de se faire traiter d'antisémites?

Ceci étant dit, je constate également que de nombreux autres pays arborent des symboles religieux sur leurs drapeaux. Tous les pays scandinaves, la Grèce, l'Angleterre et la majorité des pays musulmans entre autres. On annonce ainsi au monde la Chrétienté ou l'Islam. Encore là, les symboles tendent à démontrer que ce sont des considérations religieuses qui devraient guider les prises de décisions des autorités politiques. Faut-il se mettre la tête dans le sable de peur de se faire traiter d'intégristes athées ou d'islamophobes?

Au Québec, le drapeau québécois affiche à la face du monde la Chrétienté et l'ethnicité française (croix et fleurs de lys). Le crucifix qui est accroché au dessus et au centre de l'Assemblée nationale est tellement grotesque dans un État de droit se voulant «moderne» que je dois me pincer à chaque fois qu'on publie une photographie sur laquelle on peut l'apercevoir. Doit-on se mettre la tête dans le sable de peur de se faire traiter d'intolérants et de vendus?

Pourquoi s'étonner par la suite si la «raison» est presque toujours absente des relations au Moyen-Orient. Entre l'Occident et l'Orient, en Angleterre entre ses minorités et la majorité, ... Au Québec ...! Les contradictions entre les beaux discours, les belles paroles, les beaux principes au sujet de l'organisation «moderne» des États et les actes et les symboles sont tellement flagrantes et omniprésentes qu'il ne faut pas s'étonner de constater à quel point et à quelle fréquence les appels à la raison sont reçus avec scepticisme dans la population. Puissantes contributions au développement de troubles nerveux et à la perturbation de la logique de la pensée des individus.

Nous ne sommes pas entièrement sortis de la Grande noirceur, ici même au Québec. À Montréal, une croix illuminé sur le Mont-Royal, une très grande section du Mont-Royal occupée par un cimetière chrétien qui est exempt de taxes foncières et qui depuis quelques années s'est transformée en entreprise à but lucratif, des Églises sur des terrains exempts de taxes, des cloches ou/et des haut-parleurs qui nous cassent les oreilles plusieurs fois par jour dans certains quartiers, des quantités quasi-innombrables de rues portant des noms de saints, des écoles religieuses (de véritables centre d'endoctrinement à la pensée magique), etc. Doit-on se mettre la tête dans le sable en présence de toutes ces reliques, ces boulets qui drainent nos énergies et, surtout, qui court-circuitent les voix de la raison humaine?

La religion devrait se pratiquer en privé, entre adultes consentants.

(À suivre)
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Re: Comment fut inventé le peuple juif

Messagepar AnnieV. » Sam Fév 21, 2009 6:08 pm

Excusez-moi, je suis nouvelle ici dans ce forum et je ne connaissais pas votre association avant il y a quelques jours. Mais quelqu'un peut-il me dire si cet article représente le point de vue de votre association ? J'ai l'impression que ça ne fait que colporter les clichés antisémites les plus éculés et les préjugés raciaux les plus grotesques. Quelle est l'intention derrière la publication de ce texte ici dans ce forum humaniste ? De nous dire que les Juifs sont un peuple inventé donc n'ont pas de raison d'exister, qu'ils ont l'exclusivité de la méchanceté, qu'il faudrait les foutre tous dehors d'Israël, que le Hamas (qui a pour but d'éliminer les juifs de toute la terre) a raison ? Je suis surprise de trouver un pareil écrit dans votre forum. Mon attitude personnelle qui est humaniste m'amène plutôt à prôner l'ouverture et le dialogue entre Israèl et la Palestine et pas juste à accuser un seul côté de tout le mal.

Peut-être qu'il me manque des bouts, mais franchement mon pif me dit que ça ne sent pas bon ce texte. Désolée pour ma franchise mais l'humanisme est trop important dans ma conscience pour ne pas me troubler quand je vois un texte semblable ici, je veux dire là où je ne m'y attendais pas du tout. Merci de m'expliquer.
AnnieV.
 
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Re: Comment fut inventé le peuple juif

Messagepar AnnieV. » Sam Fév 21, 2009 6:23 pm

Je m'excuse si ma réaction a été spontanée. Peut-être que je me trompe ou que quelque chose m'échappe ce qui peut expliquer que tout cela m'a troublée. Mais c'est que j'ai lu après-midi un texte sur la même question et que j'ai trouvé dans Le Devoir d'aujourd'hui et qui m'a l'air pas mal plus humaniste (même selon les critères de votre association) que le texte qui est le sujet de ce fil de discussion et qui m'a fait réagir. Le contraste entre les deux textes est assez fort d'ailleurs.


L'APRÈS-GAZA : UN ANTISÉMITISME NOUVEAU

Lise Noël. Historienne et auteure de L'Intolérance. Une problématique générale, aux Éditions Boréal/Le Seuil.

Le Devoir, 21 février 2009

Exclue de la Tchétchénie de Poutine, de l'Ouzbékistan d'Islam Karimov ou de la Chine de Hu Jintao, qui tous oppriment des populations musulmanes, Amnistie internationale mène librement son enquête à Gaza. Avant même que cette dernière ne débute, le jugement de sa principale déléguée pour Israël et les territoires palestiniens paraît arrêté: «[Les Israéliens] qui ont donné les ordres, et même ceux qui ont appuyé sur la gâchette, ne devraient pas planifier de vacances à l'étranger.»
De son côté, l'Espagne du socialiste José Zapatero ne voit rien d'indécent à juger des juifs israéliens pour leur rôle présumé dans des incidents survenus à Gaza en 2002, cette Espagne dont Léon Poliakov disait qu'elle pratiquait, quatre siècles après avoir expulsé ses juifs et livré les «convertis» aux bûchers de l'Inquisition, «un antisémitisme sans juifs».

L'Espagne est typique de la gauche occidentale actuelle, adepte de ce que Michel Foucault qualifiait de «polyvalence tactique du discours», soit l'art de cibler indéfiniment la même victime tout en recyclant ses arguments selon les théories du jour.

Un antisémitisme global

Pour la première fois dans l'histoire, l'antisémitisme est devenu global. Passé de la droite à la gauche en Occident, il rejoint l'antijudaïsme de l'Islam radical. Distinct de l'antisionisme jusqu'à récemment, il va maintenant de pair avec lui.

L'antisémitisme nouveau est postmoderne. C'est un syncrétisme, un mélange disparate de causes justes et de prétentions totalitaires. Il défend pêle-mêle l'environnement, les pays sous-développés, l'islamisme et les idéaux égalitaires de la gauche; il professe le pacifisme dans le même souffle qu'il s'accommode de l'attentat suicide comme «arme des faibles»; il condamne la mondialisation sauvage et le capitalisme, mais aussi la «conspiration juive» comme concurrente des aspirations avouées des djihadistes d'établir une «République islamique» à l'échelle de la planète; il pourfend l'Occident et son appendice «impérialiste» Israël, dont l'existence même lui semble une violation intolérable de la «terre d'Islam», terre pourtant elle-même conquise par l'impérialisme arabe, puis musulman, à partir du VIIe siècle.

Polyvalent dans son discours syncrétique, l'antisémitisme du XXIe siècle regroupe tactiquement les mouvements les plus hétéroclites: l'islamisme radical (qu'il soit chiite, comme celui du Hezbollah ou d'Ahmadinejad, qui réclament l'anéantissement d'Israël, ou sunnite, à l'instar du Hamas, dont le but est de tuer tous les juifs de la terre); la droite révisionniste, qui met en doute la réalité de l'Holocauste bien que l'Allemagne elle-même reconnaisse l'avoir perpétré et enseigne ce fait dans ses écoles; le mouvement altermondialiste, auquel appartiennent des juifs de gauche, qui dénonce la protection excessive que recevrait Israël des États occidentaux, tout en disant ce pays trop petit (tiny) pour pouvoir résister à un boycottage qu'il appelle de tous ses voeux; des pacifistes de la trempe de ces Québécois qui prêchent la retenue aux Israéliens victimes des roquettes palestiniennes depuis huit ans mais qui, exaspérés après seulement quelques jours d'un blocus établi par les «Warriors» mohawks, lançaient des pierres sur les voitures évacuant des grands-mères amérindiennes de Kahnawake.

Il y a aussi les Chamberlain de notre époque, tel Jimmy Carter qui, n'ayant rien appris de la prise en otages des membres de l'ambassade américaine par Téhéran pendant sa présidence, affirme aujourd'hui croire en la parole du Hamas qui lui a promis de tenir un référendum à Gaza et en Cisjordanie, ce Hamas même qui massacra ses opposants du Fatah un an après avoir pris le pouvoir démocratiquement.

Collaborer à sa propre oppression

Jacques Brassard citait récemment Lénine, expert en manipulation s'il en est, qui se riait de ces idéalistes gauchisants, de ces «idiots utiles» qui ouvraient la voie aux bolcheviques. Ne savent-ils donc pas tous, ces Jimmy Carter obstinément crédules, ces altermondialistes et ces intellectuels juifs qui font carrière, avec pension à la clé, dans les universités et les médias d'un Occident qui leur laisse la liberté de le vitupérer sans représailles physiques; ne sont-ils donc pas conscients, ces pacifistes à l'abri de tout danger qui font payer par d'autres le prix de leur bonne conscience, ou ces militants gais qui dénoncent Israël à San Francisco aux côtés de partisans du Hamas pour qui Dieu les regarde «avec dédain»; ne se rendent-elles donc pas compte, ces féministes émues (avec raison) à la vue d'enfants palestiniens blessés, mais insensibles au fait que certains ont été recrutés comme soldats ou promis en bas âge à l'attentat suicide; sont-ils donc aveugles, ces défenseurs des droits et des libertés individuels si chèrement acquis depuis quatre siècles en Occident; ignorent-ils donc tous, ces militants et ces penseurs, qu'ils collaborent à leur propre oppression et qu'ils seront les premiers à être égorgés par des obscurantistes barbares dont ils épousent, avec un vague sentiment de culpabilité, la complainte misérabiliste qui leur fait préférer à l'effort de l'excellence un fanatisme menant au culte de la mort?

N'ont-ils pas vu le témoignage de ce père qui fêtait, comme s'il s'agissait d'une noce, la mort de son fils dans un attentat suicide, ou celui de cette mère qui, après avoir embrassé son adolescent en route vers l'explosion qui le déchiquettera, se disait prête à sacrifier ses autres garçons si besoin était?

Ne saisissant pas que, pour les juifs, vivre, surtout depuis l'Holocauste, constitue une forme de résistance, les islamistes y voient un signe de faiblesse. Choisissant la voie facile de chercher la cause des maux de leur société dans des «complots» de tous ordres, ils taxent les juifs de parasitisme et, oubliant que ce 0,0024 % de la population mondiale gagne 18 % des prix Nobel (27 % aux États-Unis pour 2 % de la population du pays), ils les accusent de «ne rien produire».

Qu'on comprenne bien: il ne s'agit en aucune façon d'attribuer à l'ensemble des musulmans les convictions médiévales et les comportements violents des islamistes, dont ils sont les premiers à souffrir. Il n'est pas question non plus d'épargner à Israël les critiques qu'il mérite.

Mais il faut mettre fin à l'indignation sélective d'un altermondialisme qui trahit sa mission en s'acharnant sur ce pays démocratique, au détriment des innombrables victimes de régimes tyranniques qui soustraient systématiquement leur sort abominable à l'oeil des caméras. Et il s'impose de mettre un terme, non pas à la critique de l'Occident, mais à une haine suicidaire et porteuse de décadence qui, ne pouvant tolérer la vue d'imperfections, certes multiples et immenses, nous incite à nous faire les complices d'une idéologie mortifère dont le discours, apparemment favorable aux «damnés de la terre», peut séduire par son origine plus lointaine.

Ne répétons pas l'erreur des générations récentes qui ont succombé aux sirènes de l'URSS stalinienne, du Cuba castriste (répressif, bien que moins meurtrier) ou de la Chine maoïste, avant que n'ait pu se manifester au grand jour l'horreur des dizaines de millions de morts que les beaux appels à l'égalité avaient dissimulée.
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Re: Comment fut inventé le peuple juif

Messagepar PierreB » Sam Fév 21, 2009 7:01 pm

Excusez-moi, je suis nouvelle ici dans ce forum et je ne connaissais pas votre association avant il y a quelques jours. Mais quelqu'un peut-il me dire si cet article représente le point de vue de votre association ? J'ai l'impression que ça ne fait que colporter les clichés antisémites les plus éculés et les préjugés raciaux les plus grotesques. Quelle est l'intention derrière la publication de ce texte ici dans ce forum humaniste ?


Annie, je me suis posé un peu la même question parce que le terme "peuple" ne fait pas partie des catégories que j'utilise spontanément. Les humanistes mettent l'accent sur ce que les humains ont en commun et développent une éthique globale. En principe, j'imagine que des exceptions peuvent se justifier au cas par cas comme peut-être dans des politiques de discrimination positive, les humanistes mettent en sourdine certaines catégories (race, nation, peuple, et autres du même genre) qui ont divisé et divisent encore les humains. Il y a des humanistes qui s'identifient à une race et/ou une nation et/ou un peuple, d'autres, comme moi, diraient plutôt qu'ils n'appartiennent à aucun peuple ou nation et, n'aimant pas le mot "race", diraient plutôt simplement qu'ils ont la peau blanchâtre et qu'ils sont tout simplement des citoyens du monde (qui paient leurs impôts à tel endroit pour l'instant).

(C'était juste pour répondre à Annie)
PierreB
 
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Re: Comment fut inventé le peuple juif

Messagepar AnnieV. » Sam Fév 21, 2009 9:14 pm

Merci beaucoup PierreB. Vous me rassurez. J'ai aussi compris que le monsieur qui a pris l'initiative de placer ce texte dans votre forum n'est probablement pas membre de votre association car j'ai vu tantôt sur un autre forum dont le sujet est la politique qu'il a dit à des gens d'un groupe qui a récemment tenu des propos violents ici au Québec qu'ils font du bon travail et que (si j'ai bien compris) leur travail est nécessaire (Mais peut-être que c'est quelqu'un qui a le même nom sans être la même personne et si c'est le cas je retire ce que je viens d'écrire). C'est pour ça que j'en déduis qu'il n'est sûrement pas membre de votre association à cause de vos principes de base humanistes qui sont franchement bien formulés et inspirants. Le malentendu est donc levé.
AnnieV.
 
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